Nous changeons d’habits

Après la lecture de « l’homme nu » que je vous avais recommandé (Marc Dugain et Christophe Labbé chez Plon), j’ai eu envie de prendre le contrepied de ce scénario un peu extrême et de saupoudrer cette vision de quelques graines d’optimisme et de positivisme. Certains diront de naïveté. Peut-être.

Il ne peut y avoir de noir sans blanc, d’ombre sans soleil, ré-habillons l’homme.

Oui, bien évidemment, et je comprends parfaitement les auteurs,  tout cet amoncellement d’algorithmes, de serveurs, d’aspirateurs à données, ce monde BIG pris au pied de la lettre semble être dans la lignée de Orwell et nous fait envisager un monde sans émotions, ou alors d’émotions contrôlées et régies par un super calculateur qui agirait à notre place et remplacerait progressivement toutes les couches de notre cerveau. Vrai.

En parallèle de ce monde « technodatacratique » je vois émerger un courant diamétralement opposé qui met l’individu et son épanouissement au centre de la scène, et vous joins quelques réflexions forcément réductrices.

Chacun d’entre nous est multiforme, nous endossons différents costumes au fil de la journée.

– Nous sommes d’abord nous-mêmes, nous sommes uniques avant d’être le persona d’un quelconque stéréotype. Nous avons nos envies, nos désirs, nos besoins, nos aspirations, nos forces et nos faiblesses et in-fine notre propre mission dans la vie. Certains l’ont trouvé, d’autre la cherchent sans le savoir, mais nous avons tous un but personnel car je ne peux pas admettre que seul le hasard nous a fait comme nous sommes, uniques, positionnés à l’endroit où nous vivons. Cette mission peut revêtir des aspects citoyens, politiques, professionnels, mais est toujours orientée autour d’un apport et d’un échange quelconque : idée, aide, formation, sur base de dialogue, verbal ou non, d’émission et de réception. Beaucoup de réflexions, d’écrits, d’accompagnements proposés aujourd’hui sur cette recherche de but et de sens. Ce mot est intéressant car il montre bien la dualité d’aujourd’hui. Il symbolise à la fois une direction et un contenu – nos cinq ou six sens -, il est mouvement et volume, il s’exprime au singulier comme au pluriel. En raccourci très rapide, les recherches philosophiques des siècles précédents, réservées alors aux élites intellectuelles, ont été re-appropriées par la plupart d’entre-nous et sont quasi devenues les normes de notre quotidien. C’est une une révolution majeure, plus forte que les BIG, plus concrète que les DATA.

– Cette recherche d’épanouissement trouve sa continuité en collectivité, qu’elle soit privée ou personnelle. L’isolement des bureaux clos des générations précédentes a cédé la place à la ruche bourdonnante (pas trop quand même) des espaces ouverts, open ; les cuisines de nos domiciles ou de nos bureaux ont quitté les arrière-salles et deviennent des pièces conviviales et ouvertes à tous. Les rôles statutaires des pères/mères/directeurs/chefs se transforment en mission de chef de bande où l’esprit d’appartenance et la synergie collective « désorganisée » remplacent les relations verticales classiques parents/enfants, maîtres/élèves, entreprises/employés. Les métiers de la DRH se transforment, le mot empathie est certainement en tête de liste du livre des mots de l’année, les ateliers de co-créations émergent deci-delà. Beaucoup d’exemples autour de nous. Sans aller jusqu’à Uber et un soi-disant nouveau modèle socialo-economico-jenesaisquoi, l’individu est (ou aspire à être) plus respecté dans son unicité et dans son apport (même petit) à l’édifice collectif. C’est également un grand pas en avant, qui n’a rien à avoir avec Big Brother, et même le contraire.

– De façon générale les différents habits évoqués plus haut, précédemment costumes de scène (ah le beau costume foncé-cravate bleue) tendent à se fondre en une seule et unique parure de vie, plus identitaire et miroir de notre richesse personnelle. Pas encore partout je le sais, mais l’information circule (merci l’hyperconnexion).

Nous ne nous déshabillons pas, bien au contraire, et la foule bigarrée que nous formons n’a pas encore pris conscience de sa puissance.

La messe n’est pas dite.

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